Il y a quelques années, quand j’ai commencé à plonger dans l’informatique et les réseaux, j’avais cette impression étrange : je n’avais pas l’impression de “savoir grand-chose”. Oui, je bidouillais des serveurs Minecraft, je bricolais un site web avec un hébergement approximatif, et je passais des soirées à casser mes configurations pour les réparer le lendemain. Mais à mes yeux, ce n’était pas du “vrai savoir”.
Alors, forcément, l’idée de partager ce que j’apprenais me semblait inutile, presque arrogante. Qui aurait quelque chose à apprendre de mes erreurs ou de mes toutes petites victoires ?
Et pourtant… avec le temps, j’ai découvert que même le plus petit savoir partagé pouvait changer énormément de choses, à la fois pour les autres et pour moi-même.
1. La valeur d’un savoir “évident”
J’ai compris assez vite que ce que je trouvais évident ne l’était pas forcément pour d’autres.
Je me souviens d’un ami qui voulait héberger un serveur de jeu pour jouer avec nous. Il n’arrivait pas à le rendre accessible depuis l’extérieur. J’ai pris cinq minutes pour lui expliquer comment ouvrir un port sur sa box Internet. Pour moi, c’était une formalité. Mais pour lui, c’était comme si j’avais ouvert une porte magique. Il était fasciné.
Ce jour-là, j’ai réalisé que la valeur du savoir dépend du point de vue : ce qui est banal pour moi peut être une révélation pour quelqu’un d’autre.
C’est un peu comme quand quelqu’un te montre un raccourci clavier ou une astuce que tu ne connaissais pas. Ça peut paraître minuscule, mais ça change ta manière de faire.
2. L’effet boule de neige du partage
Quand tu commences à partager, tu crées un effet boule de neige.
Sur un forum technique, j’avais raconté comment j’avais configuré un petit tunnel GRE entre deux serveurs Debian. Ce n’était pas un guide parfait, mais j’avais écrit mes étapes et mes erreurs. Une semaine plus tard, quelqu’un m’a répondu pour dire que ça l’avait aidé à mettre en place son propre tunnel. Puis une autre personne est venue ajouter une optimisation. À la fin, mon post de départ était devenu un petit fil collaboratif, enrichi par plusieurs cerveaux.
C’est ça, la magie du partage : tu n’as pas besoin d’avoir toutes les réponses. Tu déclenches une discussion, tu poses une pierre, et d’autres viennent compléter. Ensemble, on construit bien plus que ce qu’on aurait pu seul.
3. Apprendre en partageant
Il y a une autre surprise quand on partage son savoir : on apprend mieux.
Expliquer une idée oblige à la simplifier, à la structurer. Quand j’ai voulu expliquer à quelqu’un comment fonctionnaient les paquets TCP/UDP, j’ai dû d’abord clarifier ça dans ma tête. Qu’est-ce qu’un paquet ? Comment expliquer sans jargon que c’est une petite “enveloppe” numérique contenant un message ? Comment faire comprendre que TCP est comme un facteur qui vérifie que chaque enveloppe est bien arrivée, tandis qu’UDP balance les enveloppes sans vérifier ?
En cherchant des métaphores, je comprenais mieux moi-même. Partager, c’est consolider son propre apprentissage.
4. Le rôle des erreurs
Un des plus grands freins à partager, c’est la peur d’être ridicule.
Je me souviens de mes premiers essais avec le BGP. J’avais réussi à monter une configuration de base, fier de moi. Mais rapidement, je me suis planté avec les communautés de peering. Résultat : une annonce mal filtrée et une jolie pagaille dans mon lab réseau. Sur le coup, je n’en menais pas large.
Mais en racontant cette expérience, j’ai découvert que d’autres avaient fait la même erreur. Et surtout : certains m’ont donné des astuces pour éviter ça à l’avenir.
Partager ses échecs, c’est ouvrir une porte pour que d’autres n’y tombent pas. Et souvent, ça attire la bienveillance de ceux qui sont déjà passés par là.
5. Le quotidien aussi est un savoir
On croit parfois que le savoir à partager doit être technique ou complexe. Mais ce n’est pas vrai.
À l’école, par exemple, je me souviens d’un camarade qui m’expliquait une méthode simple pour retenir des dates en histoire. Pour lui, c’était banal. Pour moi, c’était une révélation : une astuce qui m’a permis d’arrêter de me perdre dans les chronologies.
C’est pareil dans la vie de tous les jours. Quelqu’un qui t’apprend à mieux t’organiser, à cuisiner plus vite, ou à résoudre un problème administratif… Ce sont de petits gestes de partage qui changent ton quotidien.
6. Les plateformes de partage de savoir
Aujourd’hui, grâce à Internet, partager son savoir est encore plus puissant.
Des plateformes comme GitHub ou GitLab (qui est lui-même open source) sont des lieux où des millions de personnes partagent leur travail. Certains projets sont gigantesques, mais d’autres sont minuscules : un script de quelques lignes, une petite librairie, une note technique. Et pourtant, ces petites contributions aident des milliers d’autres.
Même les forums, les blogs, ou des espaces comme Stack Overflow montrent cette force : des questions simples, parfois presque naïves, donnent naissance à des réponses qui deviennent des références pour des années.
7. Les bénéfices invisibles du partage
Partager n’a pas seulement un impact sur les autres, ça change aussi ta manière de voir les choses :
- Tu gagnes en confiance en réalisant que ce que tu sais a de la valeur.
- Tu crées des liens : les gens viennent discuter, compléter, t’aider.
- Tu bâtis une mémoire : un blog, un dépôt Git, une note publique deviennent des archives utiles, même pour toi dans le futur.
C’est comme un journal de bord qui profite aussi aux autres.
8. Construire une culture de transmission
Ce que j’aime dans le partage, c’est qu’il crée une culture. Dans les communautés open source, dans les forums techniques, mais aussi dans la vie quotidienne, il y a cette idée : personne ne détient tout le savoir, mais chacun détient une partie.
C’est une vision qui casse le mythe du “génie solitaire”. En réalité, toutes les grandes innovations reposent sur une chaîne de gens qui ont partagé un petit quelque chose, qui a permis à d’autres d’aller plus loin.
Conclusion
Si je devais résumer tout ça, je dirais que partager son savoir, même minuscule, c’est semer des graines.
Parfois, elles donnent un simple coup de pouce. Parfois, elles déclenchent des vocations. Et toujours, elles s’additionnent à celles des autres pour créer quelque chose de plus grand.
Alors, même si tu crois que ce que tu sais est trop petit, trop banal, trop imparfait, partage-le. Tu seras surpris de voir à quel point ce petit geste peut changer les choses.